Sexe et genre : pourquoi la confusion freine encore l’égalité ?

Lorsqu’on parle d’égalité entre les femmes et les hommes, une objection revient souvent : “Un homme ne sera jamais une femme. Alors pourquoi parler d’égalité ?” Cette réaction n’est pas rare. Mais elle repose sur une confusion fondamentale : la confusion entre le sexe et le genre.

1. Le sexe : une réalité biologique

Le sexe renvoie aux caractéristiques biologiques avec lesquelles nous naissons : les organes reproducteurs- les chromosomes (XX, XY…)- caractéristiques physiques… En ce sens : le sexe est naturel et universel. Il est globalement le même partout dans le monde.

2. Le genre : une construction sociale

Le genre, lui, ne concerne pas le corps, mais plutôt les rôles, les comportements, les attentes que la société, très souvent par l’influence de la culture, associe au fait d’être une fille ou un garçon.

Par exemple :

  • “les filles doivent être douces”;
  • “les garçons ne doivent pas pleurer”;
  • “ce métier est pour les hommes”;

Le genre est donc : appris, construit et évolutif. Il change selon les cultures, les époques, les contextes.

– L’évolution des métiers et des rôles

Dans de nombreuses sociétés traditionnelles (y compris dans l’histoire du Cameroun), certains rôles de pouvoir étaient strictement masculins. Pourtant : aujourd’hui, des femmes occupent des postes de Cheffes , de Notables, de Ministres ou d’Ingénieures. Si c’était biologique (sexe), elles en seraient physiquement incapables. Puisqu’elles le font, c’est que la barrière était sociale (genre). Un rapport de l’UNESCO sur l’éducation des filles, montre que l’accès aux sciences n’est pas lié aux capacités cérébrales mais aux opportunités sociales. Trop de filles et de femmes restent encore bloquées par la discrimination, les préjugés et les normes sociales. Education aux STEM.

Un autre exemple, nous avons les hommes, des maieticiens qui font accoucher des femmes seulement depuis 1982, pourtant la profession porte un nom féminin à cause de la tradition et des représentations sociales: Sage-femme.

– L’exemple de la mode et de l’apparence

Au 18ème siècle en Europe, les hommes de la haute société portaient des talons hauts, des perruques et du maquillage pour montrer leur virilité et leur pouvoir. Aujourd’hui, ces attributs sont considérés comme féminins.

Au Cameroun : Les tissus ou parures considérés comme « nobles » ou « masculins » varient d’une ethnie à l’autre. Ce qui est masculin à Maroua peut être perçu différemment ailleurs.

– Le partage des tâches domestiques

Le soin des enfants (le « care ») est souvent vu comme une compétence féminine innée. Pourtant, les études montrent que les hommes sont biologiquement capables d’apprendre les mêmes gestes de soin.

3. Là où la confusion pose problème

Quand on confond sexe et genre, on pense que les différences sociales sont “naturelles”. Par exemple, croire qu’une fille est “moins faite” pour certaines formations- penser qu’un garçon ne doit pas exprimer ses émotions. Alors que ces idées sont des constructions sociales, pas des réalités biologiques.

4. L’égalité ne nie pas les différences biologiques

C’est un point essentiel. Défendre l’égalité femmes/hommes ne veut pas dire nier les différences biologiques, dire que les sexes sont identiques. Cela signifie tout simplement:

  • garantir les mêmes droits;
  • offrir les mêmes opportunités;
  • ne pas limiter quelqu’un à cause de son sexe.

5. Pourquoi c’est important dans l’éducation

Dans un établissement scolaire ou centre de formation, les représentations de genre influencent l’orientation des apprenant.e.s; la participation en classe; la confiance en soi; les relations entre pairs. Et parfois, elles peuvent conduire à des discriminations; des violences; ou de l’exclusion.

6. Comprendre pour mieux agir

Clarifier la différence entre sexe et genre permet de déconstruire les stéréotypes; de prévenir certaines formes de violences; de créer un environnement plus inclusif.

C’est aussi un préalable essentiel pour : comprendre et prévenir les violences basées sur le genre en milieu scolaire (VBGMS)

Un outil simple pour comprendre

Le visuel joint à cet article permet de faire cette distinction de manière claire à gauche : le sexe (biologique), à droite : le genre (social). Un support utile pour la sensibilisation des jeunes et des adultes.

Récapitulons ci-après:

IndicateurSexe (Nature)Genre (Culture)
Peut-on allaiter ?Seule la femme (Sexe).Stable.
Qui doit diriger ?Dépend de la loi/coutume.Évolue (Femmes leaders).
Qui est « fort » ?Muscles (moyenne bio).Évolue (Force mentale/autorité).

À retenir

Le sexe, c’est ce que l’on est biologiquement.
Le genre, c’est ce que la société attend de nous ou nous autorise à faire en fonction de notre sexe.

Conclusion

Beaucoup de débats autour de l’égalité reposent sur des malentendus. En clarifiant ces notions, on ne crée pas de confusion. Au contraire, on donne des repères pour mieux comprendre.

Et surtout : on ouvre la voie à des environnements éducatifs plus justes, plus respectueux et plus inclusifs.

Pourquoi c’est important pour les VBGMS ? Si nous admettons que le genre évolue, alors nous admettons que les comportements violents ou de domination ne sont pas une « fatalité biologique ». On ne naît pas agresseur, on le devient par une éducation de genre mal orientée. On peut et on doit donc « désapprendre » la violence. Selon la Convention d’Istanbul, la parité ne sera pas une réalité tant que la violence basée sur le genre persistera à grande échelle.

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