Formation en ligne, certification numérique : pourquoi continuons-nous à douter de nos propres innovations ?

Le défi n’est plus de numériser la formation. Il est d’apprendre à faire confiance aux dispositifs numériques que nous construisons nous-mêmes.


Depuis plusieurs années, les discours sur la transformation numérique se multiplient. Les gouvernements élaborent des stratégies numériques, les institutions investissent dans les infrastructures, les partenaires techniques et financiers soutiennent des programmes de formation aux métiers du numérique et les établissements d’enseignement s’engagent progressivement dans l’hybridation de leurs dispositifs pédagogiques.

Pourtant, un paradoxe persiste.

Alors même que nous construisons des dispositifs de formation en ligne, nous continuons souvent à douter de leur légitimité.

Cette contradiction s’est une nouvelle fois manifestée lors d’un atelier consacré à la mise en œuvre d’un dispositif de formation à distance. Alors que l’équipe travaillait sur les modalités d’évaluation et de certification des apprenants, la question de la crédibilité de la certification obtenue en ligne est revenue avec insistance.

Peut-on réellement certifier à distance ?

Une évaluation en ligne a-t-elle la même valeur qu’une évaluation réalisée en présentiel?

Comment garantir l’intégrité des épreuves ?

Ces interrogations sont légitimes. Elles méritent d’être posées. Mais elles révèlent aussi quelque chose de plus profond : notre difficulté collective à faire confiance aux outils et aux mécanismes que nous mettons nous-mêmes en place.


Le numérique n’est plus une option

Il est difficile de comprendre cette méfiance lorsque l’on observe l’évolution du monde professionnel.

Aujourd’hui, les métiers auxquels nous formons exigent précisément la maîtrise d’environnements numériques :

  • développement web et mobile ;
  • administration systèmes et réseaux ;
  • cybersécurité ;
  • cloud computing ;
  • gestion de projets numériques.

Comment peut-on préparer efficacement des professionnels du numérique tout en considérant que les environnements numériques seraient intrinsèquement inadaptés à leur apprentissage ?

L’ironie est parfois saisissante.

On souhaite former des développeurs capables de collaborer à distance via GitHub, des administrateurs systèmes qui gèrent des serveurs hébergés à des milliers de kilomètres ou des experts cybersécurité qui surveillent des infrastructures depuis des centres opérationnels virtuels.

Mais dans le même temps, certains continuent à considérer qu’une formation en ligne manquerait de sérieux parce qu’un apprenant pourrait oublier son mot de passe ou abandonner son parcours parce que celui-ci est déployé à distance.

Or l’abandon, le décrochage existe également en présentiel. Les difficultés d’apprentissage existent également en présentiel. L’absentéisme existe également en présentiel.

Le problème n’est donc pas le numérique. Il est ailleurs.


Le véritable enjeu : la qualité du dispositif

Une certification n’est pas crédible parce qu’elle est organisée en salle de classe. Elle est crédible parce qu’elle repose sur des règles claires, des critères transparents et des mécanismes de contrôle rigoureux.

De nombreuses certifications internationales sont aujourd’hui passées entièrement en ligne.

Certaines plateformes interdisent l’ouverture d’autres applications durant l’épreuve. D’autres enregistrent l’écran ou surveillent les comportements suspects. Les questions peuvent être tirées aléatoirement à partir de vastes banques d’items. Les ordres des questions sont mélangés. Les temps sont limités. Les tentatives sont contrôlées.

Dans certains cas, le niveau de traçabilité dépasse même celui d’une salle d’examen traditionnelle.

La question n’est donc pas de savoir si une certification est en ligne ou en présentiel.

La véritable question est : le dispositif d’évaluation est-il suffisamment robuste pour garantir la validité des résultats ?


De la méfiance à la construction

Ce qui surprend parfois, c’est de voir des équipes engagées dans la conception même de ces dispositifs exprimer ensuite des doutes sur leur crédibilité. Comme si nous étions à la fois architectes et premiers sceptiques de nos propres constructions.

Pourtant, la réponse n’est pas de renoncer. La réponse consiste à renforcer les dispositifs.

À définir des règles.

À produire des référentiels.

À établir des procédures.

À encadrer juridiquement les certifications.

À former les tuteurs et les évaluateurs.

À documenter les bonnes pratiques.

Autrement dit, à faire ce que toutes les innovations sérieuses ont toujours nécessité : construire progressivement la confiance.


Le tutorat : une fonction devenue stratégique

Cette évolution transforme également le rôle du formateur. Dans un dispositif à distance, le tuteur ne se contente plus d’accompagner les apprenants dans leurs apprentissages. Il guide. Il accompagne. Il motive. Il suit les progrès. Il détecte les risques de décrochage. Il anime les communautés d’apprentissage. Il intervient sur des questions pédagogiques, organisationnelles et parfois techniques et/ ou technologiques.

Cette évolution n’est pas une faiblesse de la formation en ligne. C’est au contraire l’une de ses forces. Le tutorat devient une composante centrale de la réussite des apprenants. À distance, la présence pédagogique ne disparaît pas. Elle change de forme.


Apprendre à faire confiance au changement

L’histoire récente nous offre pourtant une leçon précieuse. Il y a quelques années encore, les formations à distance étaient souvent présentées comme des formations au rabais. Puis est arrivée la pandémie. Du jour au lendemain, des millions d’apprenants, d’enseignants et d’institutions ont dû s’adapter.

Ce qui était perçu comme une exception est devenu une nécessité. Ce qui était considéré comme marginal est devenu incontournable. Aujourd’hui, le même phénomène semble se reproduire avec l’intelligence artificielle. Et comme hier avec le numérique, beaucoup annoncent déjà ses limites avant même d’avoir exploré pleinement ses possibilités.

L’histoire nous enseigne pourtant que les sociétés qui progressent ne sont pas celles qui refusent le changement. Ce sont celles qui apprennent à le comprendre, à l’encadrer et à l’utiliser de manière responsable.


Conclusion

Le défi auquel nous sommes confrontés n’est pas technologique. Les outils existent. Les plateformes existent. Les méthodes existent.

Le véritable défi est culturel.

Il consiste à dépasser la méfiance systématique qui accompagne chaque innovation pour entrer dans une logique de construction, d’expérimentation et d’amélioration continue. Car nous ne construirons pas les compétences numériques de demain avec les certitudes d’hier. Et nous ne formerons pas les professionnels du XXIe siècle en refusant les outils qui façonnent déjà leur environnement de travail.

Dr Sandrine Nyebe Atangana
Chercheure en sciences de l’éducation /Consultante en ingénierie pédagogique et ingénierie de formation, gouvernance des systèmes éducatifs /Problématique du genre
Fondatrice de REVEIL-ASSO 

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