La formation sur les violences basées sur le genre en milieu scolaire (VBGMS) reste peu explorée dans nos établissements scolaires. De nombreux formateurs et formatrices ne sont pas outillé.e.s pour gérer des situations qui surviennent. Très souvent, il est même difficile de déterminer ce qu’une violence base sur le genre car certains faits finissent par être banalisés. En outre, des stéréotypes culturels traversent les barrières familiales et communautaires pour impacter le bien-être et la socialisation des uns et des autres au sein de nous établissement.
Une formation à la carte, à partir des besoins de terrain réels et de l’analyse de l’environnement, permettent aujourd’hui de mieux comprendre ce qu’est une situation à risque; comment reconnaître les signes d’alerte; pourquoi certaines pratiques doivent être questionnées.
Mais une difficulté revient souvent, et elle est légitime :
“Je comprends les VBGMS… mais je ne suis pas sûr.e de savoir quoi faire concrètement.”
Que l’on soit formateur.rice ou apprenant.e, le passage à l’action peut susciter des doutes, voire des peurs.
Pour répondre à cette question, nous avons utilisé un outil simple et pratique :
Respectons notre école, décliné en deux supports dont le premier est narratif simple , a été élaboré, présentant une situation de classe inspirée de contextes réels.
Cet outil met en scène une interaction entre une enseignante et un apprenant, dans laquelle un comportement déplacé est exprimé sous forme de “plaisanterie”, mais constitue en réalité une situation de harcèlement verbal à connotation sexuelle. La conception de cet outil est motivée par plusieurs objectifs :
- susciter la réflexion et l’analyse ;
- identifier les comportements problématiques ;
- questionner les perceptions et les normes sociales ;
- initier des discussions en groupe.
Cet outil est particulièrement adapté pour des séances de sensibilisation avec les apprenant.e.s ; des travaux d’analyse en formation.
Le second propose une réponse éducative à face à cette situation. Cette version du support a été développée, intégrant explicitement les étapes de la réponse éducative face à une situation de VBGMS. Elle permet de structurer la lecture de la situation et de mettre en évidence les bonnes pratiques professionnelles.
Elle met en lumière le rôle du mécanisme de signalement; la posture de l’adulte face à une situation sensible ; les étapes d’une réponse adaptée (calme, recadrage, mobilisation du groupe, orientation). Il cible plusieurs objectifs entre autre fournir un cadre de référence concret; renforcer les capacités d’action des formateurs ; sécuriser les pratiques.
1. Une situation concrète que beaucoup reconnaissent
Dans cet outil, tout commence dans un cadre normal, une classe en activité, une enseignante engagée, un climat d’apprentissage serein.
Puis, soudain, un apprenant interrompt le cours et lance à son enseignante : “Madame… vous êtes vraiment belle… je voudrais vous embrasser.”
Pourquoi cette scène est importante ?
Parce qu’elle ressemble à des situations souvent banalisées, tournées en “plaisanterie”, ou minimisées. Pourtant, il s’agit ici de provocation, harcèlement verbal à connotation sexuelle en milieu scolaire.
2. Ce que fait l’enseignante : une réponse éducative structurée
L’outil montre étape par étape une réaction professionnelle.
Étape 1 : garder son calme
L’enseignante ne s’emporte pas. Elle reste posée, respire, garde une posture professionnelle. Pourquoi ?
Parce que réagir à chaud peut aggraver la situation.
Étape 2 : mobiliser le groupe
Elle implique la classe en rappelant les règles collectives. L’objectif est de réaffirmer les normes sociales et surtout de ne pas transformer la situation en duel.
Étape 3 : poser un message clair et bienveillant
Elle dit clairement que le comportement est déplacé, pourquoi cela pose problème, quelles sont les valeurs de la classe. Elle corrige le comportement sans humilier la personne.
Étape 4 : passer à un niveau supérieur si nécessaire
Lorsque l’apprenant persiste, elle recadre fermement, elle nomme la gravité, elle décide de référer.
Parce que :
la répétition transforme la situation en faute grave
Étape 5 : activer le mécanisme de signalement
L’enseignante informe le point focal genre. Très important :
signaler, ce n’est pas punir — c’est protéger
3. Ce que cela change pour les formateurs
Cet exemple répond directement aux inquiétudes exprimées : “Et si je me trompe ?” “Et si j’aggrave la situation ?”
Ce qu’il faut retenir
Vous n’avez pas besoin de tout gérer, tout résoudre, tout comprendre immédiatement. Mais vous devez reconnaître la situation, poser un cadre, ne pas laisser passer et orienter.
4. Et du côté des apprenant.e.s ?
L’outil montre aussi un message essentiel : Une école est un espace de respect.
Ce que les jeunes peuvent retenir :
- une “blague” peut être une violence
- le respect protège tout le monde
- parler est important
- signaler, c’est agir
À la fin de l’histoire, un changement s’opère :
le respect revient, et le climat de classe s’améliore
5. Le message clé
Agir face à une situation de VBGMS, ce n’est pas improviser.
C’est appliquer des étapes simples, avec calme, clarté et responsabilité.
Conclusion
Former les acteurs est une étape essentielle. Mais pour que les pratiques changent réellement, il faut :
- des outils concrets
- des situations réalistes
- des réponses structurées
Comme le montre Respectons notre école,
agir, ça s’apprend.
Approche pédagogique combinée
Les deux versions de l’outil ont été utilisées de manière complémentaire, selon une logique progressive :
- Phase d’analyse (version narrative)
→ compréhension de la situation et identification des enjeux - Phase de structuration (version enrichie)
→ apprentissage des réponses adaptées
Cette approche permet de passer de la perception individuelle à une réponse professionnelle structurée.
