Par Dr Sandrine NYEBE ATANGANA
« Former est essentiel. Transformer est l’objectif. »
En avril 2026, REVEIL-ASSO a accompagné le Collège Privé Technique et Professionnel Agricole de Maroua (COPTAM) dans un atelier consacré aux Violences Basées sur le Genre en Milieu Scolaire (VBGMS), à la prévention des violences et au renforcement des mécanismes de protection.
Pendant deux jours, directeurs, formateurs, maîtres de stage, représentants des apprenants et membres du Club Genre ont partagé leurs expériences, analysé leurs pratiques et construit un plan d’action commun.
Trois mois plus tard, l’établissement dispose d’un ensemble cohérent de politiques institutionnelles, d’un code éthique destiné aux personnels et aux intervenants, d’un mécanisme de signalement en cours de mise en place et d’une vision commune de la protection des apprenants.
Cette évolution n’est pas le résultat d’une simple formation. Elle est le fruit d’un accompagnement progressif où chaque étape s’est appuyée sur la précédente. Cette expérience confirme plusieurs enseignements que nous souhaitons partager.
1. Une formation n’est pas une finalité
Les évaluations réalisées à l’issue de l’atelier d’avril étaient très encourageantes. Les participants déclaraient avoir renforcé leurs connaissances et se sentir capables de réinvestir les notions acquises dans leurs activités professionnelles.
Pourtant, une question demeurait essentielle : Que deviennent ces connaissances une fois la salle de formation vidée ?
Une formation produit des effets durables lorsqu’elle s’inscrit dans un environnement qui favorise leur mise en pratique. Des politiques claires. Des responsabilités définies. Des procédures connues. Des mécanismes de signalement accessibles.
Sans ces éléments, les connaissances risquent progressivement de s’effacer. La véritable réussite d’une formation se mesure donc moins au niveau de satisfaction immédiat qu’à sa capacité à transformer les pratiques institutionnelles.
2. Les meilleures réponses viennent souvent du terrain
Avant même de rédiger le moindre document, un diagnostic participatif a été réalisé avec les équipes du COPTAM. Les échanges ont rapidement permis d’identifier des réalités très concrètes :
- certaines zones de circulation insuffisamment sécurisées ;
- des infrastructures nécessitant des améliorations ;
- des maîtres de stage encore peu formés aux questions de protection ;
- des espaces où les risques étaient davantage présents.
Ces informations n’auraient probablement jamais émergé d’un travail exclusivement documentaire. Elles sont venues des personnes qui vivent quotidiennement ces réalités. Cette expérience rappelle une évidence parfois oubliée :
les acteurs de terrain connaissent leurs vulnérabilités ; encore faut-il leur offrir un cadre propice pour les exprimer.
3. Il existe un moment privilégié pour construire les politiques
L’une des principales leçons de cet accompagnement concerne le calendrier. Une fois la formation terminée, les équipes restent mobilisées. Les échanges sont encore présents dans les esprits. Les priorités apparaissent plus clairement.
C’est précisément à ce moment que le travail sur les politiques institutionnelles a été engagé. Les séances de travail organisées dans les semaines suivantes ont permis de transformer progressivement les acquis de la formation en engagements institutionnels.
Former puis construire, sans laisser retomber la dynamique, constitue probablement l’un des facteurs ayant facilité cette évolution.
4. L’expertise consiste aussi à laisser les acteurs construire
Au cours de l’analyse des différents projets de politiques élaborés par le groupe de travail, un constat s’est imposé: certaines propositions dépassaient largement ce qui était attendu pour une première version.
Les mécanismes de suivi, les indicateurs proposés et la réflexion menée sur les responsabilités des différents acteurs témoignaient d’une réelle appropriation des enjeux.
Cette expérience rappelle que l’expertise ne consiste pas à produire des documents à la place des institutions. Elle consiste avant tout à créer les conditions permettant aux acteurs de construire eux-mêmes des solutions adaptées à leur contexte. C’est cette appropriation qui garantit la durabilité des changements.
5. La cohérence entre les politiques ne s’improvise pas
En quelques mois, plusieurs documents ont été élaborés :
- Politique de Protection de l’Enfance ;
- Politique PEAS ;
- Politique Genre ;
- Politique VBGMS ;
- Code éthique des formateurs et intervenants.
Pris séparément, chacun répond à un objectif spécifique. Mais leur véritable efficacité repose sur leur cohérence.
Le travail de relecture technique a donc porté autant sur le contenu de chaque document que sur leur articulation : harmonisation des définitions, clarification des responsabilités, complémentarité des procédures et cohérence des mécanismes de suivi. Cette étape, souvent discrète, est pourtant essentielle.
6. La distance n’est pas un obstacle lorsque la confiance est déjà construite
La phase d’accompagnement des politiques s’est déroulée principalement à distance. Cette modalité n’a pas constitué un frein. Elle a été rendue possible par trois éléments :
- une relation de confiance construite lors des rencontres en présentiel ;
- un groupe de travail autonome et engagé ;
- une préparation rigoureuse des séances.
L’expérience montre que l’accompagnement à distance ne remplace pas la proximité. Il la prolonge. Lorsque les bases sont solides, les outils numériques deviennent un véritable levier d’efficacité.
Une première étape franchie
Aujourd’hui, le COPTAM entre dans une nouvelle phase. L’enjeu n’est plus uniquement de produire des politiques. Il s’agit désormais de les faire vivre.
Leur appropriation par les équipes, leur diffusion auprès de l’ensemble de la communauté éducative, la mise en place des mécanismes prévus et le suivi de leur application constitueront les prochaines étapes de ce processus.
Pour REVEIL – ASSO, cette expérience confirme qu’un accompagnement ne se résume pas à transmettre des connaissances. Il consiste à accompagner progressivement une institution dans la construction de mécanismes durables de prévention, de protection et de gouvernance.
Les leçons du terrain
Cette expérience confirme qu’une formation produit davantage d’effets lorsqu’elle est suivie d’un accompagnement institutionnel ; les politiques sont plus pertinentes lorsqu’elles sont élaborées de manière participative ; les réalités du terrain améliorent la qualité des décisions institutionnelles ; la confiance constitue le principal moteur du travail collaboratif ; la protection des apprenants repose autant sur les comportements que sur les dispositifs institutionnels.
En conclusion
Au COPTAM, cette première phase d’accompagnement ne marque pas l’aboutissement d’un projet. Elle marque le début d’une transformation.
Les politiques élaborées constituent désormais un cadre de référence. Leur véritable valeur se révélera dans leur mise en œuvre quotidienne, à travers les pratiques des équipes éducatives, l’implication des apprenants et l’engagement de l’ensemble de la communauté scolaire.
Chez REVEIL -ASSO, nous retenons une conviction qui guidera nos futurs accompagnements :
« Une école protectrice ne se construit pas en rédigeant des politiques. Elle se construit en aidant les femmes et les hommes qui la font vivre à transformer progressivement ces politiques en une culture partagée de protection, de responsabilité et de confiance.«
La pensée REVEIL: Nous croyons que les meilleures solutions ne se construisent ni uniquement dans les bureaux, ni uniquement dans les salles de formation. Elles naissent de la rencontre entre les savoirs, les expériences du terrain et la volonté collective de mieux protéger, former et accompagner.
REVEIL -ASSO – Apprendre du terrain, construire des solutions durables.
