Dans un contexte où les violences basées sur le genre d’une manière générale et davantage en milieu scolaire restent souvent invisibles ou banalisées, comment passer de la sensibilisation à une transformation concrète des pratiques éducatives ?
C’est à cette question qu’a tenté de répondre l’atelier organisé au COPTAM (Collège Technique et Professionnel Agricole de Maroua), les 07 et 08 avril 2026, sous l’impulsion de la Promotrice, Madame la DG du CROPSEC, avec l’appui de VIA Don Bosco.
Il ne s’agissait pas seulement de former, mais de partir du terrain pour construire des solutions adaptées et durables.
Commencer par voir : une immersion dans le réel
Avant même d’entrer en salle, l’atelier a commencé par une visite du site: dortoirs, sanitaires, zones de circulation, éclairage, surveillance… Chaque espace a été observé, questionné, analysé.
Ce travail a permis de poser un constat simple mais essentiel :
La sécurité d’un établissement ne dépend pas uniquement de ses infrastructures, mais de la manière dont les espaces sont vécus, utilisés et encadrés.
Cette immersion a aussi permis d’identifier des zones de vulnérabilité concrètes :
- espaces peu éclairés
- zones isolées
- cohabitation filles/garçons parfois source de tensions
- mécanismes de surveillance encore informels
Comprendre pour agir : une formation ancrée dans les réalités
À partir de ces observations, les participant.e.s ont exploré :
- les concepts de genre, VBG et VBGMS;
- les signes d’alerte;
- les mécanismes de prévention;
- la posture de l’adulte de confiance.
Mais surtout, la formation s’est appuyée sur des situations concrètes vécues ou proches du terrain.
Par exemple :
- une “blague” humiliante en groupe;
- des messages insistants après un refus.
Ces cas, issus des échanges, ont permis de poser une question essentielle : À partir de quand une situation devient-elle une violence ?
Du diagnostic à la co-construction
L’un des temps forts de l’atelier a été le travail en groupes.
Les participant.e.s — direction, formateurs, maîtres de stage, partenaires et jeunes — ont ensemble identifié les risques spécifiques au COPTAM, analysé les pratiques existantes, proposé des solutions concrètes.
Des outils concrets pour passer à l’action
Au-delà des échanges, l’atelier a permis de produire des outils directement utilisables :
- un mécanisme de signalement structuré en 6 étapes;
- des sessions de formation adaptées aux apprenant.e.s (filles, garçons, mixte);
- des études de cas contextualisées;
- une charte d’engagement Safe School;
- et un plan d’action institutionnel sur plusieurs mois.
L’objectif étant de passer d’une logique de réaction à une logique de prévention structurée.
Ce travail a abouti à une convergence forte :
la prévention des VBGMS doit être collective, structurée et visible.
Former les adultes… et impliquer les jeunes
Un choix fort de l’atelier a été d’intégrer les apprenant.e.s comme acteurs du changement. Trois sessions spécifiques ont été conçues :
- une session pour les filles (droits, signalement, protection);
- une session pour les garçons (masculinités positives, rôle d’allié);
- une session mixte (cohabitation respectueuse, engagement collectif).
Au total, 98 apprenant.e.s sont concerné.e.s par cette dynamique parce que : les jeunes ne sont pas seulement bénéficiaires, ils sont aussi des relais essentiels de la prévention.
Des résultats encourageants… mais un défi clair
L’évaluation de l’atelier montre une forte progression des connaissances, une adhésion très élevée des participant.e.s, une volonté d’agir concrètement.
Mais elle met aussi en lumière un point clé :
Le défi n’est plus de comprendre, mais d’agir.
Les besoins exprimés sont très concrets : mieux maîtriser le mécanisme de signalement – disposer d’outils pédagogiques – être accompagnés dans la mise en pratique.
Et maintenant ? Passer à l’action
L’atelier a permis de poser des bases solides :
- un plan d’action structuré;
- des acteurs formés et engagés;
- des outils disponibles.
Mais la suite est décisive.
Elle repose sur la mise en place effective du mécanisme de signalement; la formation des apprenant.e.s; l’implication de l’ensemble des acteurs et un accompagnement dans la durée.
Une conviction forte
Ce que montre l’expérience du COPTAM, c’est que :
former ne suffit pas.
Il faut outiller, accompagner et structurer pour transformer durablement les pratiques.
À suivre…
Ce travail n’est qu’une étape. Les prochaines actions porteront sur :
- la mise en œuvre du plan d’action;
- le suivi des premiers résultats;
- et la formation des jeunes par les formateurs formés.
Parce que construire une école sûre, inclusive et protectrice est un processus.
