Par Dr Sandrine NYEBE ATANGANA
Quand les politiques deviennent le reflet d’un engagement collectif
En avril 2026, REVEIL-ASSO engageait, avec le soutien de VIA Don Bosco, une démarche d’accompagnement auprès du Collège Privé Technique et Professionnel Agricole de Maroua (COPTAM).
L’objectif initial était clair : renforcer les capacités des acteurs sur les Violences Basées sur le Genre en Milieu Scolaire (VBGMS), promouvoir une meilleure compréhension des mécanismes de protection et encourager une culture de prévention au sein de la communauté éducative.
Quelques mois plus tard, cette démarche a produit un résultat qui dépasse largement le cadre d’une simple formation. Le COPTAM dispose aujourd’hui d’un ensemble cohérent de politiques institutionnelles destinées à renforcer durablement la protection des apprenants et la qualité de sa gouvernance. Mais le principal résultat n’est peut-être pas là.
Un changement progressif plutôt qu’une intervention ponctuelle
L’expérience nous rappelle qu’une institution ne se transforme pas en deux jours de formation. Elle évolue lorsqu’un processus est engagé. Au COPTAM, cette évolution s’est construite progressivement :
- des ateliers de sensibilisation ;
- des évaluations auprès des apprenants ;
- une analyse des besoins exprimés ;
- un travail collaboratif avec le groupe de travail restreint ;
- plusieurs cycles de relecture et d’amélioration ;
- la consolidation de politiques institutionnelles adaptées au contexte de l’établissement.
Chaque étape s’est appuyée sur la précédente. C’est probablement ce qui explique la cohérence du résultat obtenu.
Construire avec les acteurs
L’un des enseignements les plus marquants de cette expérience réside dans la qualité du travail collectif. Les documents n’ont pas été élaborés en dehors de l’établissement. Ils ont été construits progressivement avec les responsables, les enseignants, les personnels, les partenaires et les représentants des apprenants. Cette dynamique collaborative a permis d’aboutir à des politiques qui tiennent compte des réalités du terrain :
- les stages en entreprise ;
- l’internat ;
- les activités agricoles ;
- les espaces numériques ;
- les spécificités du contexte local.
Une politique est toujours plus pertinente lorsqu’elle est conçue par celles et ceux qui auront à la mettre en œuvre.
Plus que des documents, un cadre de gouvernance
Au terme de cette première phase, plusieurs instruments complémentaires sont désormais disponibles :
- une Politique PEAS ;
- une Politique Genre ;
- une Politique VBGMS ;
- un Code éthique des formateurs et des intervenants.
Pris séparément, chacun répond à une fonction spécifique. Ensemble, ils constituent un dispositif cohérent destiné à prévenir les violences, protéger les apprenants, promouvoir l’égalité et renforcer la responsabilité de l’ensemble des acteurs de la communauté éducative.
Cette cohérence représente sans doute l’une des principales avancées du processus.
Le véritable défi commence maintenant
L’adoption de politiques ne constitue jamais une fin. Elle marque le début d’une nouvelle étape. Les prochains défis porteront sur :
- leur appropriation par les équipes ;
- leur diffusion auprès de l’ensemble de la communauté éducative ;
- la mise en œuvre des mécanismes prévus ;
- le suivi des actions engagées ;
- l’amélioration continue des dispositifs.
C’est dans cette phase que les politiques prendront tout leur sens.
Ce que cette expérience nous confirme
Au-delà des résultats obtenus, cette première phase renforce plusieurs convictions:
La protection des enfants ne repose pas uniquement sur des textes.
Elle repose sur des institutions qui choisissent de se remettre en question.
Elle repose sur des équipes qui acceptent de dialoguer.
Elle repose sur des apprenants dont la parole est écoutée.
Elle repose enfin sur une volonté collective de transformer progressivement les pratiques.
C’est précisément cette dynamique que nous avons observée au COPTAM.
Les leçons du terrain
Cette première phase nous rappelle que :
✔ une formation ouvre un dialogue ; elle ne remplace pas les réformes institutionnelles ;
✔ les politiques les plus efficaces sont celles qui naissent d’un processus participatif ;
✔ les retours des apprenants enrichissent durablement les décisions institutionnelles ;
✔ la protection des enfants est une responsabilité collective qui dépasse les seuls spécialistes ;
✔ l’amélioration continue est le meilleur garant de la qualité des dispositifs de protection.
La Pensée Réveil
Une politique n’est pas un document que l’on adopte pour répondre à une exigence. C’est un engagement collectif que l’on choisit de faire vivre au quotidien.
Chez REVEIL-ASSO, nous croyons que les établissements les plus protecteurs ne sont pas nécessairement ceux qui disposent du plus grand nombre de procédures, mais ceux dont les équipes partagent une même culture de responsabilité, de vigilance et de respect de la dignité humaine.
En conclusion
Cette première phase d’accompagnement s’achève, mais elle ne constitue pas un point final. Elle marque une étape importante dans la construction d’un environnement éducatif plus sûr et plus inclusif.
Pour REVEIL-ASSO, elle confirme une conviction profonde : les changements durables naissent rarement d’une intervention isolée. Ils prennent forme lorsque les acteurs s’engagent dans un processus d’apprentissage, de dialogue et d’amélioration continue.
Nous remercions le COPTAM, son groupe de travail, sa direction pour la confiance accordée tout au long de cette démarche.
La suite s’écrira désormais dans la mise en œuvre quotidienne de ces engagements.
